Henriquet – L’homme-reine, gestionnaire de crise en pleine guerre de religion

HenriquetAprès Charly 9, Richard Guérineau se penche sur un autre roi de France de la fin du XVIe siècle. Dans Henriquet – L’homme-reine, il dresse le truculent portrait d’Henri III, un souverain oublié et mal-aimé, peut-être trop en avance sur son temps. Un monarque qui aura passé une grande partie de sa vie à réparer les dégâts considérables causés par son prédécesseur, l’ordonnateur du massacre de la Saint-Barthélémy.

Avant Charly 9, Richard Guérineau ne semblait pas être particulièrement passionné par l’Histoire. Mais ça, c’était avant Charly 9. Depuis, entre deux albums du Chant des stryges, l’auteur bordelais se penche, en solitaire, sur les destinées de rois oubliés, pour leurs outrances ou en raison de l’ombrage porté par leurs successeurs dont se souviennent les livres d’Histoire. Après avoir, donc, adapté le roman de Jean Teulé et narré le parcours d’un des pires rois de France, le tristement célèbre Charles IX, Richard Guérineau s’est intéressé à son frère cadet : Henri III. Quatrième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, il n’était pas destiné à régner, du moins pas sur son pays natal. Élu roi de Pologne et grand-duc de Lituanie en mai 1573, Henryk Walezy ne réside à Cracovie que durant quatre mois. Apprenant en juin 1574 la mort de son frère, à l’âge de 23 ans, il revient précipitamment au pays. Il est finalement couronné en février 1575. Le royaume de France est alors toujours sous le choc du massacre de la Saint-Barthélémy.

Henriquet28C’est en septembre 1575 que débute Henriquet – L’homme-reine. Henri III n’est sur le trône que depuis quelques mois, mais la colère gronde déjà. Son frère, François d’Alençon, complote dans son dos. Il est à la tête des Malcontents et bénéficie de l’appui d’Henri de Navarre, futur Henri IV. Des catholiques fricotant avec des protestants, quelle horreur ! En raison de ce retournement d’alliance, la première campagne militaire d’Henri III est un échec. Mais après avoir rallié son frère et Henri de Montmorency, il signe la paix de Bergerac en septembre 1577, qui met fin à la sixième guerre de religion et enterre les espoirs huguenots. Jusqu’à sa mort, en 1589, Henri III joue les arbitres entre les ultra-catholiques et les protestants, sans parvenir à éviter deux nouveaux conflits sanglants. Il doit ainsi faire face à la Ligue, dont les partisans refusent catégoriquement l’arrivée sur le trône d’Henri de Navarre, huguenot, en cas de décès d’Henri III. Celui-ci n’a en effet pas d’héritier.

Henriquet69Aujourd’hui plus connu pour ses mœurs légères et ses frasques, Henri III a dû faire face à une situation politique, sociale, et économique particulièrement difficile. Tout au long des 200 pages de cet album brillant, Richard Guérineau explore cette période oubliée, mal perçue car trop complexe, avec une justesse historique remarquable. Il met en scène la vision qu’avait Henri III de l’exercice du pouvoir. Un roi noceur, certes, qui préfigure déjà les excès de la monarchie absolue, mais également réformateur. Un roi critiqué de toutes parts pour sa légitimité, ses tenues excentriques, ses pratiques impies, en premier lieu par sa mère. Cette relation particulière avec Catherine de Médicis, de même que le duel à distance avec Henri de Navarre, constituent d’ailleurs le moteur narratif de ce récit qui s’intéresse plus aux intrigues politiques de ce règne qu’aux batailles qui l’ont émaillé.

Henriquet10Dense, documenté, ce récit se dévore passionnément, notamment parce que la langue constellée de termes issus du vieux français utilisée par l’auteur est parfois déstabilisante. Aucune planche n’est superflue, chaque personnage – surtout fictionnel – a son utilité. L’écriture brillante est rehaussée d’un second degré aussi osé que percutant, qui relève cette biographie comme on le ferait avec un plat. Un livre à lire et à relire, à la fois pour la complexité de ses intrigues politiques et religieuses, mais également pour l’élégance de son humour sarcastique.

Henriquet – L’homme-reine. Richard Guérineau (scénario et dessin). Delcourt. 192 pages. 22,95

Les 5 premières planches :

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