AssautcouvLe Dernier Assaut, c’est à la fois celui des poilus qui sont fauchés par les projectiles ennemis à la sortie des tranchées et celui de Tardi, dont cet album est la dernière production annoncée sur la Première Guerre mondiale. Une période qui reste accolée à son nom pour ce qui concerne le 9e art.

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Tardi et la Première Guerre mondiale, c’est une relation privilégiée. En 1974, alors que la Grande Guerre n’intéresse plus grand monde, le jeune dessinateur de 28 ans réalise deux récits ancrés dans le premier conflit mondial : La Fleur au fusil et La Véritable Histoire du soldat inconnu. Deux histoires qui en appelleront beaucoup d’autres, couronnant rapidement Tardi comme le spécialiste de la période pour la bande dessinée. La qualité de ses reconstitutions et de ses scénarios, la puissance et la crudité de son évocation, la radicalité et la sincérité de son message font de ses albums des repères, parfois indépassables par les auteurs qui se lancent dans des récits sur cette période. Au risque d’être orientés par les partis pris de Tardi, comme le choix quasi exclusif d’un arrière-plan situé dans les tranchées et du côté des Français. Après plus de 40 ans de création autour de la Guerre de 14-18, l’empreinte de l’auteur de Putain de guerre ! (avec Jean-Pierre Verney, dont la collection d’objets forme le gros des pièces présentées au Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux) est indélébile. Sa décision de clore cette aventure avec l’album Le Dernier Assaut fait de cette dernière une bande dessinée très attendue à l’automne 2016. La surprise est qu’elle est accompagnée du CD d’un spectacle musical mêlant chansons d’époque ou contemporaines sur la Grande Guerre – interprétées par Dominique Grange et le groupe Accordzéâm – et textes tirés de la bande dessinée, récités par Tardi.

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La partie graphique du Dernier assaut présente un visage beaucoup plus familier. L’action se déroule de 1916 à 1918, dans les tranchées, côté français. Le narrateur est un brancardier du 98e régiment d’infanterie, qui déambule en première ligne, croisant toutes sortes d’individus et de situations, représentatifs de la vision du conflit portée par Tardi. Les thématiques développées au fil des 88 planches reprennent celles, bien connues, de l’auteur de C’était la guerre des tranchées (toujours avec Jean-Pierre Verney) : critique en règle des gouvernements et du Haut commandement, dénonciation des stratégies ineptes et des offensives pour rien, réprobation d’une guerre industrielle qui fait la fortune des grands groupes, lien entre la Première Guerre mondiale et la montée du nazisme, description d’une litanie de lâchetés, égoïsme et cynisme chez les hommes de troupe. La représentation de la Guerre de 14-18 chez Tardi est ainsi très différente de celle de l’Anglais Pat Mills dans La Grande Guerre de Charlie, qui, tout en dénonçant la guerre, souligne la solidarité (et parfois les actes de bravoure) des soldats face aux officiers. Le Français est également beaucoup plus sombre et désabusé que son homologue britannique, comme en témoigne la scène finale du Dernier assaut. A la lecture de cet album, les amateurs des bandes dessinées de Tardi auront un sentiment un peu frustrant de déjà vu, les néophytes y prendront quant à eux grand plaisir et pourront même commencer par ce dernier opus pour entrer dans l’œuvre féconde du dessinateur.

Le Dernier Assaut. Jacques Tardi (scénario et dessins). Jean-Luc Ruault (couleurs). Casterman. 108 pages. 23 €

Les 5 premières planches :

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