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Alors que la prochaine crue centennale de la Seine préoccupe les édiles franciliens, la dernière en date survenue à Paris en 1910 sert de décor et de prétexte à Patrice Ordas et Nathalie Berr pour raconter les mésaventures de deux jeunes ouvriers joaillers. Bien que collègues dans le même atelier de la place Vendôme, leurs destins basculent en sens contraires, d’abord à cause des intempéries, puis au gré de rencontres faites dans le métropolitain et les cabarets de Paname. Attention, messieurs dames, il y a du fric-frac dans l’air, mais les Brigades du Tigre veillent au grain…


Paris, lundi 17 janvier1910. Il pleut des cordes, et les prévisions ne sont guère optimistes. Les Parisiens commencent à scruter les pieds du Zouave du Pont de l’Alma, jauge emblématique du niveau de la Seine.
Ils ne savent pas encore que Paris va vivre sa pire crue depuis 1658. Mais pour l’heure, monsieur Morchard, n’en a cure. Cet ancien capitaine de l’armée coloniale –les « Bats d’Af », désormais chef d’atelier chez le joaillier Verne, place Vendôme, livrera bientôt à l’ambassade de Russie cinq croix commandées pour les enfants du Tsar. Il est fier d’avoir tenu les délais. Il est ému du travail magnifique de Louise, sa fille adoptive. Il est enfin satisfait d’avoir pris sous son aile, comme apprenti, le jeune Valentin, frère cadet d’un ancien caporal des « Bats d’Af » qui s’est conduit en héros sous ses ordres à Mostaganem. Après une dure journée de labeur, chacun rentre chez soi. Pour aller jusqu’à Vincennes, Louise va emprunter le métropolitain. Dans un compartiment de première classe, elle est théâtralement accostée par monsieur Delaroche, faux aristocrate, vrai pianiste au Moulin Rouge, expert dans l’art de la boxe française, et bien plus encore…

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Les mauvaises rencontres dans le métro ne sont pas forcément celles qu’on croit.

Le parcours du jeune Valentin va suivre d’autres méandres. Est-ce l’imminence d’une catastrophe qui le pousse à vivre intensément cette nuit ? Dans un cabaret, il est abordé par « le Fennec », encore un ancien des « Bats d’Af », aussi couard dans le désert que rusé dans son fief de Bastoche, et à l’affût d’un coup Place Vendôme… Quelques verres d’absinthe et quelques coups de couteau plus tard, l’équipée dérive jusqu’au « Lapin Agile » de Bruant. Entre temps, la môme Zoizeau, gagneuse de son état, a tapé dans l’œil de Valentin. Pour prix de son dépucelage, il est fier de donner à son nouveau complice un plan infaillible pour monter sur un fric-frac…

On ne compte plus les œuvres ayant choisi Paris pour écrin. Dans ce premier volet, les héros d’Ordas et Berr nous transportent place Vendôme, place Blanche et sur la Butte Montmartre. Ils nous plongent aussi dans les galeries du métropolitain, en service depuis dix ans déjà, et en pleine extension. Nathalie Berr profite de l’occasion pour évoquer l’Art nouveau à travers deux de ses plus célèbres représentants : Hector Guimard et Alfons Mucha. Un dernier monument de Paris s’invite enfin à nos oreilles : Ordas a truffé ses dialogues de mots et d’expressions argotiques, véritables pépites de culture populaire. Ainsi, l’arpète marne pour son singe qui fait dans la joncaille et les cailloux, les Apaches surinent gandins et rupins pour leur chourer leur larfeuille puis se trissent pour échapper aux fouchtras, aux marlous ou aux cognes. Et pour Le Fennec, pas question de trimer comme un pue-la-sueur ou un bouseux : quelques gagneuses suffisent pour vivre en homme libre et défuncter sans regret.

Mais que fait la police ? Elle s’adapte ! S’appuyant sur des indics insoupçonnables, elle traque sans relâche les criminels de droit commun et surveille les anarchistes, nostalgiques de Ravachol ou de Casério. Rompus dans l’art de la filature et du combat rapproché, les inspecteurs de la Brigade Régionale de Police Mobile (alias « Brigade du Tigre », créée en 1907) sont sur les traces du Fennec et de ses acolytes. Puisque tous les acteurs du drame sont enfin en place, cet épisode bien rythmé s’achève sur un coup de Jarnac : et si ce fric-frac place Vendôme n’était qu’un prétexte pour solder de vieux comptes du temps de la coloniale ?

Les Naufragés du Métropolitain T.1. Patrice Ordas (scénario). Nathalie Berr (dessin). Sébastien Bouët (couleurs). Grand Angle. 46 pages. 13,90 €

Les 5 premières planches :

3 Comments

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  2. Thierry Lemaire 26 décembre 2016 17 h 01 min

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