AlbioncouvImaginez une sorte de dream team de la chevalerie soudée comme les mousquetaires et ayant fait allégeance à la reine Aliénor d’Aquitaine. Lancez-la dans une mission de confiance au service de feu Richard Cœur de Lion. Adjoignez à ce commando une fée aux traits elfiques pour la touche de fantasy et une damoiselle en quête d’aventure et de ses racines. Le cocktail vous est servi par Djian, Legendre, Arranz et Moreau et s’appelle les Champions d’Albion. En selle !

Tout commence le 26 mars 1199. Le roi Richard Cœur de Lion guerroie sous les remparts de Châlus-Chabrol, quelque part en Limousin. Un carreau d’arbalète le blesse à la gorge. Avant de trépasser, il a juste le temps de confier un secret à sa mère Aliénor d’Aquitaine, arrivée en hâte de l’abbaye de Fontevraud. Un coffre au contenu mystérieux doit être rapatrié du Limousin vers Londres. La relique qu’il renferme excite évidemment la convoitise de l’éternel rival de Richard, le fourbe et déloyal prince Jean Sans Terre. Il faut donc une escorte. Aliénor sait à qui va échoir cette mission. Elle charge son amie et confidente Rosamund d’Huntingdon d’entrer en contact avec le meilleur compagnon d’armes de son défunt mari, un certain Ivanhoé. Lui seul, entouré de ses champions, a la stature pour mener à bien cette périlleuse entreprise.

Dans le décor grandiose de Stonehenge et sous la pleine lune, tous ont répondu présent à l’appel de leur chef. Venus en voisins, voici donc qu’entrent en scène trois anciens compagnons d’armes de Robin des Bois : Puck du Nottinghamshire, Fifrelin le ménestrel et le bondissant Spring-Heeled Jack, de Sheffield. Arrivés d’un peu plus loin, la troublante fée Mélusine, magicienne poitevine, et l’ombrageux guerrier d’Ibérie, El Cid Campeador. Cette escouade de héros est bientôt complétée par la jeune Robyn d’Huntingdon, fille de feu le compagnon d’Ivanhoé. Après deux exploits inattendus, elle devient la mascotte du groupe.

Albion10Par les temps maussades qui courent, on ne saurait bouder un album nous invitant à des retrouvailles avec de preux chevaliers. Djian et Legendre l’ont bien compris. D’une clarté limpide, leur scénario prend le parti d’ancrer l’épopée à laquelle ils nous convient dans un contexte historique connu – la mort de Richard Cœur de Lion et sa succession au trône – puis d’imaginer tout le reste. Nous voici donc guidés sur les routes de France à la quête du coffre tant convoité. Pour faire pendant à la loyauté de ce commando premium, il fallait des méchants ambitieux et sans scrupules. Sans surprise, Jean Sans Terre mais aussi quelques traîtres s’immiscent dans l’aventure (on appréciera notamment le patronyme de celui qui sévit à la cour…). Les auteurs avaient enfin à leur disposition de puissantes références : le parti pris du zoomorphisme de leurs héros renvoie bien évidemment à l’œuvre de Disney (1973), mais Nacho Arranz Estevez ne peut renier le travail de son compatriote Guarnido (Blacksad). Ivanhoé en lion, El Cid en taureau, Puck en hérisson ou Robyn en renarde sont en effet très réussis, mais, hélas, sous-employés !

En effet, quelle déception de ne jamais voir, au cours de ce premier épisode, le croisé Ivanhoé combattre les armes à la main ! De même, on reste un peu dubitatif sur la traversée de la France par nos champions, qui semble se dérouler sur un mode… touristique. À force de voir Robyn se faire – pesamment – du mouron et penser que le pire est à venir, on est presque étonné que ces ennuis se résument à une simple embuscade… dont ces farouches guerriers se sortent sans avoir tiré leur épée ! Ajoutons à cette frustration l’usage sans modération d’expressions plutôt anachroniques, voire familières. Autant certaines réparties confinent au clin d’œil au lecteur, autant il y avait sans doute mieux à employer que « saperlipopette » ou « old chap » dans l’adversité du XIIe siècle finissant. On passera sur les verres à pied qui s’invitent sur les tables royales ou dans les auberges *. Certes, la constitution d’une telle équipe et les exploits qu’elle va nous faire vivre font la part belle à l’imaginaire. Certes, ces aventures s’adressent sans doute à un public jeunesse, sans doute moins regardant sur une certaine véracité historique. Mais l’ensemble gagnerait au change à prendre en compte ces quelques détails, et plongerait sans équivoque le lecteur dans l’époque de ses héros.

Pour l’instant le plaisir n’est pas à la hauteur de l’espoir suscité par le trailer (voir plus bas) mis en ligne par les éditions Jungle. Dans le second récit, le lecteur retrouvera cependant sans déplaisir Ivanhoé et sa troupe de l’autre côté des Pyrénées, pour une aventure peut-être plus teintée de fantasy. El Cid Campeador y a en effet rendez-vous avec une certaine Chimène et l’armée de Roland, tombée quelques siècles plus tôt dans la passe de Roncevaux…


* Les verres à pied apparaissent en Andalousie au IXe siècle dans l’aire musulmane. Mais on ne les retrouve à Venise que quatre siècles plus tard. On ne les utilise véritablement en France qu’à partir du milieu du XVIIe siècle.


Les Champions d’Albion T1 Le Pacte de Stonehenge. Nathaniel Legendre & Jean-Blaise Djian (scénario). Nacho Arranz (dessin). Catherine Moreau (couleurs). Jungle. 56 pages. 11,95 €

Les 5 premières planches :

Related Articles