Lolonoa T1_C1Les histoires de pirates sont un genre en soi, codifiées depuis Stevenson puis modernisées par Hollywood et Disney. Comment raconter autrement l’histoire d’un capitaine cruel et aventureux dans les mers de Caraïbes sans tomber dans les lieux communs ? Avec Lolonoa, Fanny Lesaint parvient à renouveler le genre pour en faire une autobiographie introspective sans oublier les bagarres à l’épée, les îles paradisiaques et les abordages sanglants.

Drôle de nom que Lolonoa pour un capitaine pirate, considéré par ses contemporains et les historiens de la flibuste comme le plus sanguinaire pirate de l’Histoire. Ce doux surnom lui vient de la déformation de son autre surnom François l’Olonnois (1630-1669). Fils de pêcheur de morue, sans autre avenir que de suivre son père, il s’engage pour les colonies. En arrivant, il découvre qu’en réalité, il vient d’être vendu comme esclave à un planteur sans scrupule. Après plusieurs années, il s’échappe de la plantation et se fait engager sur un bateau pirate dont il devient le capitaine. Sous sa conduite, son équipage va ravager les ports espagnols et prendre Maracaibo en 1666, associé à Michel Le Basque, un autre pirate français. Lors de cette capture, les pirates récupèrent l’équivalent, pour les 440 hommes d’équipage, de quatre années de course. La suite n’est qu’un enchaînement de rapines, de massacres et d’abordages sanglants. Sa fin est mystérieuse mais il semblerait qu’échoué sur un banc de sable, il ait été capturé par des cannibales qui l’ont découpé, cuit et dévoré.

On sait finalement peu de choses sur ce marin légendaire, l’essentiel venant d’un livre écrit par Alexandre Olivier Exquemelin, Histoire d’avanturiers qui se sont signalez dans les Indes, publié en 1678. Ce médecin français a rejoint les flibustiers des Caraïbes, et servi comme médecin de bord sur le navire du pirate Henry Morgan. Il décrit l’Olonnois ainsi : « II avait pour habitude de tailler en pièces et d’arracher la langue aux personnes qui n’avouaient rien sous la torture. S’il avait pu, il aurait aimé procéder de même avec tous les Espagnols. Souvent, il arrivait que quelques-uns de ces malheureux prisonniers, sous la torture, promettent de montrer l’endroit où se cachaient leurs compatriotes avec leurs richesses. Ensuite, s’ils ne retrouvaient pas cet endroit, ils mouraient d’une mort plus cruelle que leurs camarades. » Ou encore : « L’Olonnois, à ces mots de bourreau et de pendre, devint tout furieux ; dans ce moment il fit ouvrir l’écoutille par laquelle il commanda aux Espagnols de monter un à un ; et à mesure qu’ils montaient, il leur coupait la tête avec son sabre. Il fit ce carnage seul et jusqu’au dernier. »

LolonoaHistoriquement, on apprend beaucoup dans ce premier volume. On y découvre que les esclaves des colonies françaises sont avant tout des européens qui s’engagent pour une durée de trois ans sans pouvoir imaginer ce que sera leur vie. Beaucoup meurent vite. Très peu vont faire la fortune qui les a fait tant rêver depuis les côtes françaises. Cette lecture rappelle aussi que l’Amérique du Sud fut une riche possession espagnole convoitée par l’Angleterre et la France. Deux nations qui n’ont jamais hésité à armer des navires corsaires (Lolonoa en était) pour attaquer et piller les galions chargés d’or en route vers l’Espagne.

De ce matériau assez peu fiable, Fanny Lesaint tire une remarquable histoire. Tantôt à la première personne, tantôt dans la voix d’un narrateur, l’histoire de Lolonoa est celle d’un homme seul qui va au-devant du pire, sans rédemption possible. Si l’écriture, toute en économie, est remarquable de clarté et de justesse, elle est soutenue par un superbe dessin en aplats de couleur, qui fait penser à des gravures sur bois et à un découpage qui sait jouer des pleins et des vides avec des paysages, des marines, des portraits et des scènes d’actions trépidantes. On attends la suite…

Lolonoa, Journal d’un pirate des Caraïbes. Fanny Lesaint (scénario et dessins). Éditions de Beaupré. 56 pages. 14€

Les 5 premières planches :

Related Articles