Les Harlem Hellfighters : quand la Grande Guerre ouvre les portes de l’émancipation

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Cet article a précédemment été publié sur le site du 280px-Logo_Meaux_2

Ceux qui déclenchent les guerres ne se rendent pas toujours compte des bouleversements qu’ils engendrent et qui parfois vont contre leurs propres convictions. Ainsi de la Grande Guerre. Pour tragique qu’il fut, le premier conflit mondial eut au moins un côté positif, celui de semer les graines de l’émancipation de la femme française. Obligée de remplacer les hommes partis au front, souvent dans des métiers jusqu’à lors strictement masculins, la gent féminine a pris conscience qu’une place plus juste dans la société pouvait être conquise. L’album Les Harlem Hellfighters explore ce type de conséquence mais cette fois du côté des Etats-Unis, en narrant l’expérience du front du 369e régiment d’infanterie, composé quasi exclusivement de militaires noirs. Car même si la Guerre de Sécession a aboli l’esclavage, la condition des afro-américains est encore bien désolante dans leur propre pays, en ce début de XXe siècle.

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Avant d’embarquer pour la France, les troupes noires sont regroupées dans une petite ville du Sud des Etats-Unis pour se former au combat. 50 ans après la fin de la Guerre de Sécession, les progrès en terme d’intégration ne sont pas flagrants auprès de la population blanche.

Dans une accumulation de petits détails, Les Harlem Hellfighters montre parfaitement comment les troupes noires sont mal considérées par le gouvernement américain. Confinées dans des unités interdites aux soldats blancs, elles sont moins bien entraînées, nourries et équipées que le reste de l’armée. Méfiant, le haut commandement est d’ailleurs réticent à les envoyer au front. Sur 367 000 soldats afro-américains mobilisés, 100 000 iront en France et 40 000 combattront. Et cela, comme l’indique l’album, grâce à l’armée française – demandeuse de nouveaux effectifs et très satisfaite des performances de ses troupes coloniales – qui incorpore dans ses rangs le 369e régiment d’infanterie pour affronter l’ennemi. Voila pourquoi les Harlem Hellfighters – surnom donné par les Allemands – portent sur la couverture de l’album le célèbre casque Adrian des troupes françaises.

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L’accueil chaleureux des poilus, une belle surprise pour les Afro-américains.

Arrivés sur le front en mars 1918, les hommes de bronze – comme les appellent leurs alliés – prennent en plein visage la violence des tranchées. Brooks et White décrivent avec intensité la boue, la terreur provoquée par les bombardements, les poux et les puces, les odeurs qui restent à jamais dans les têtes, les continuelles visions d’horreur. Le quotidien du poilu en somme. Mais un poilu qui, ô surprise pour le Hellfighter, accueille le soldat noir comme un camarade, et non un objet de mépris. Quelle différence pour ces derniers avec leurs compatriotes blancs, desquels ils doivent souvent se méfier pour éviter de recevoir un mauvais coup (alors qu’ils ont ordre de ne pas répliquer) ! « Qui est vraiment l’ennemi ? », peuvent-ils se demander à juste titre.

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Avec les troupes noires arrive également le jazz en France.

Le ver est dans le fruit, diraient les suprémacistes américains. Brooks et White l’analysent très bien. Combattre et défier la mort pour sa patrie, voila qui démultiplie le désir d’émancipation une fois revenu au pays. Hommage devait donc être rendu à ces Harlem Hellfighters tombés dans l’oubli, à leurs actions d’éclat pendant la Grande Guerre, ainsi qu’à leur rôle dans le cheminement vers le Civil Rights Act de 1964 et l’abolition des discriminations aux États-Unis.

Les Harlem Hellfighters. Max Brooks (scénario). Caanan White (dessin). Editions Pierre de Taillac. 200 pages. 14,90 €

Les 5 premières planches :

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