Un incendie spectaculaire, une ville ravagée, un empereur démoniaque et des chrétiens martyrisés : l’année 64 est riche en événements propres à nourrir l’imagination. Après le succès de Murena où le grand incendie de Rome marque le tournant de l’intrigue, une nouvelle série publiée chez Quadrants, L’Aigle et la Salamandre, se penche sur cette période agitée de l’Histoire romaine. Alors que la parenté entre les deux séries saute aux yeux, la comparaison avec le grand frère créé par Dufaux et Delaby risque de ne pas être à l’avantage de ce premier tome signé Stéphane Piatzszek, Giuseppe Quattrocchi, Alessio Lapo et Vladimir Davidenko.

Contrairement à ce qu’annonce la quatrième de couverture, l’histoire se déroule bien au Ier siècle ap. J.-C. * et commence là où s’arrêtent les derniers tomes de Murena : en 64 ap. J.-C. lors du grand incendie de Rome. Le titre de la série est explicité dès les premières pages : le jeune chevalier romain Gaius Atius Mus survit presque miraculeusement à l’incendie où son père trouve la mort, et hérite ainsi de la bague familiale gravée d’une salamandre. Cet héritage est plus lourd qu’il ne le croit d’abord. Il s’avère que son père a conclu un grand nombre de contrats d’assurance-incendie et il ne reste à Gaius qu’à choisir entre la fuite et la ruine. L’idée est somme toute assez intéressante, si ce n’est que le principe de l’assurance est parfaitement inconnu du droit romain et contraire à ses principes mêmes. L’anachronisme permet en tout cas de créer une certaine tension dramatique en liant l’histoire familiale à celle de l’incendie.

Si les premières pages montrent une Rome en proie aux flammes, c’est en fait sur les suites de l’incendie que se centre le propos. On sent que scénaristes, dessinateur et coloriste ont cherché à rendre au plus juste l’ambiance de cet après-catastrophe. La désolation apparaît à toutes les pages : visages en pleurs, corps calcinés, d’autres à jamais handicapés et « malheureux » qui se voient obligés de quitter la ville pour survivre. Au risque de rapidement tomber dans le pathos. Certaines scènes font sourire par leur naïveté, comme lorsque le héros, qui avait d’abord décidé de fuir pour sauver sa fortune, fait brusquement demi-tour après avoir rencontré sur la route une pauvre mère ruinée par cette fameuse assurance-incendie. Dessin et couleurs contribuent à créer une ambiance pesante, parfois lourde à l’excès. La focalisation se fait beaucoup sur des visages très expressifs mais parfois maladroits, tandis que les couleurs sont sombres, comme si Rome était ensevelie sous un nuage de cendres. L’intention est plutôt bonne, mais la réalisation n’est pas toujours à la hauteur.

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La générosité du héros risque bien de le perdre !

Les tensions ambiantes au sein d’une population qui cherche à tout prix des coupables à châtier sont aussi au cœur de cet après-catastrophe et donnent lieu à des scènes d’une grande violence. Là-dessus, comme sur la tentative de recréer des bouts de vie quotidienne dans les rues de Rome, il faut reconnaître à l’album une certaine réussite.

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Il ne fait pas bon être appelé « incendiaire » dans cette Rome en cendres.

Autre passage obligé de la période, les chrétiens. Là encore, le sujet est traité avec assez peu de finesse et si le rôle de cette communauté dans l’incendie est encore indécis à ce point de l’intrigue, la réaction des personnages romains comme chrétiens est, elle, tout à fait caricaturale. Sans compter la grossière erreur historique qui met en scène le baptême d’un nouveau-né, pratique qui n’apparaît pas avant la fin du IVème siècle ap. J.-C. On déplore globalement une certaine facilité dans l’utilisation de l’Histoire. Les grands personnages apparaissent parfois de manière incongrue, comme le philosophe et précepteur de Néron, Sénèque, dont on découvre aux funérailles du père du héros qu’il est un ami  intime de la famille, avant qu’il ne disparaisse complètement de l’album.

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Le baptême d’un nouveau-né : des chrétiens en avance de quelques siècles sur leur temps…

Bref, la lecture de ce premier tome d’un diptyque ne serait pas désagréable si elle n’était ponctuée de doutes sur le vraisemblable d’une histoire qui déborde de bons sentiments. Reste à espérer que les maladresses du scénario et du dessin seront corrigées dans le second tome.


* Une coquille dans la première édition a placé le récit au Ve siècle av. J.-C..


L’Aigle et la Salamandre. T1 : Naissance dans le brasier. Stéphane Piatzszek (scénario). Giuseppe Quattrocchi (dessin). Alessio Lapo (story board). Vladimir Davidenko (couleurs). Quadrants. 48 pages. 14,50 €

Les 5 premières planches :

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