STRASBOURG 1918-1924 Le retour à la France. Anne Teuf et Finnele sont exposées à Strasbourg

L’Histoire des Alsaciens et des Alsaciennes est à elle seule un résumé de l’Histoire de l’Europe. Lieu de passage des armées et enjeu stratégique des plus grands conflits depuis la Guerre de Trente ans jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ce territoire, ses hommes et ses femmes ont changé régulièrement de nationalité, au gré des armées qui les ont envahis. Le retour à la paix après la Première Guerre mondiale a été un grand traumatisme dont les plaies ne sont pas encore refermées.

En novembre 1918, la France venge l’affront de 1870. Les territoires perdus « reviennent » dans le giron de la mère patrie mais les « libérateurs » découvrent très vite que la population qui les accueille, se réjouit de la paix, de l’arrivée du pain blanc et de la fin des privations mais pas forcément de redevenir français. Cette société – allemande pendant 48 ans – a été, à l’inverse de ce que décrivait la propagande française, une société libre, industrieuse et prospère. Le retour dans la France pose de nombreux problèmes qui impactent la vie quotidienne des habitants.

Deux remarquables expositions à Strasbourg et à Colmar retracent ce moment – de 1918 à 1925 – à travers de nombreux documents, photos, affiches, dessins et des planches originales des albums Finnele (réalisés par Anne Teuf) que nous aimons beaucoup et dont nous avons parlé (ici). Le deuxième tome de cette série raconte en détail la vie de Finnele, jeune fille en 1918, dont la famille se trouve plongée dans les bouleversements de la paix qui arrive.

Anne Teuf a participé activement à la scénographie de l’exposition de Strasbourg en dessinant des décors spectaculaires dans lesquels s’intègrent des documents originaux pour « rejouer » des scènes qui se sont passées à l’époque. L’alliance des dessins et des documents permet aux commissaires d’expliquer rapidement et efficacement des évènements qui auraient nécessité un long discours. Le public scolaire a déjà plébiscité ce dispositif que le style d’Anne Teuf rend très accessible par son pouvoir d’identification très fort avec ses lecteurs.

La solitude de l’Alsacien après la guerre. Engagés dans l’armée allemande en 1914, ceux qui reviennent en 1918 sont français : ni vainqueur, ni vaincus. Beaucoup ont sombré dans la mélancolie et l’alcoolisme.
Pour savoir qui pouvait rester et qui devait rentrer en Allemagne, l’administration française met en place des commissions d’épuration qui distribue des cartes d’identité différentes suivant des critères flous et discutables qui génèrent incompréhension et injustices.
Sur le pont de Strasbourg, les familles chassées de France ou obligées de rentrer en Allemagne passent sous les quolibets de la foule avec 2000 marks et 30 kg de bagages par personnes
Une classe en 1919. Un des premier acte de la France est de rétablir le français comme langue officielle apprise à l’école. La population trouve là une difficulté supplémentaire. Le bilinguisme qui était une richesse de la région va subir un coup terrible. Il sera rapidement restauré.
Strasbourg, 1919
Une rue de Strasbourg en 1919
En 1918, le franc remplace le mark. La population doit changer ses habitudes et changer ses économies dans la nouvelle monnaie pour acheter de quoi vivre.

 

Pour en savoir plus http://archives.bas-rhin.fr/

 

 


Finnele T2 Dommages de guerre. Anne Teuf (scénario et dessin). Delcourt. 216 pages. 15,50 €

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