La-RevolutionL’appétit des Français pour l’histoire semble sans limite et les éditeurs en profitent pour produire des albums qui n’ont de bande dessinée que le nom.

Découvert il y a peu, le 8e volume de L’Histoire de France en BD pour les Nuls consacré à la Révolution et à l’Empire publié par les Editions First vient de nous arriver. Nous ne connaissions pas cette collection qui vient s’ajouter à celle initiée par L’Ecole des Loisirs et celle de Casterman beaucoup plus ancienne. Disons-le vite, les publics visés ne sont pas les mêmes, Casterman et L’Ecole des Loisirs visent un public jeune alors que First vise le grand public, mais à lire ce 8e tome, on peut se demander quelle définition les auteurs et éditeurs ont du grand public. Qui peut ingurgiter cette masse d’information et de texte ? En 47 pages de bande dessinée, les trois auteurs réussissent l’exploit de taille de faire rentrer la Révolution française et le Premier Empire qui comme chacun sait sont pauvres en évènements et en conséquences. Cet album n’est clairement pas un moyen de comprendre ou de saisir les perspectives historiques. Plus qu’un récit historique, c’est un alignement de dates et de noms, un empilement de cases qui donnent sans hiérarchie une liste d’évènements, sans prendre le temps de vraiment les mettre en relation les unes avec les autres.

Le dessin ne vient pas sauver une narration confuse. Vincenzo Acunzo est très connu dans le monde du comics. Son dessin est précis et expressif, soigné. Impossible de le retrouver dans L’Histoire de France pour les Nuls. Les personnages sont figés, inexpressifs. Souvent, ils n’ont même pas de visage ou se ressemblent tous un peu. Manifestement, pour gagner du temps (on imagine assez bien dans quelles conditions sont produits et fabriqués ces albums), les auteurs ont demandé au dessinateur de reproduire des tableaux célèbres. C’est raté. Pourquoi n’ont-ils pas intégré les œuvres originales ? A bien y regarder beaucoup de cases sont de mauvaises reproductions d’images historiques. C’est dommage car le lecteur a finalement beaucoup à apprendre du commerce avec les œuvres de l’époque et le dessinateur aurait eu plus de temps pour dessiner de vraies cases et laisser libre court à son savoir faire.

Pour conclure, ces volumes sans personnalité et assez méprisants pour le lecteur sont à éviter de toute urgence.

Beaucoup de cases (un très grand nombre, en fait) sont de très pâles copies de tableaux majeurs de l’iconographie historique ou de l’Histoire de l’art. La piètre qualité du dessin et des textes de cette Histoire de France pour les Nuls ressort encore plus vivement. De plus, quand on rapproche l’original de la copie, on découvre une véritable relecture des faits historiques. Sans compter que très peu des auteurs de toutes ces images historiques sont cités. Ce qui constitue une autre falsification.

Campagne d’Egypte. Napoléon, conquérant de l’Egypte, à la tête de ses troupes prononce une de ses maximes. Le baron Antoine-Jean Gros (1771-1835) qui a immortalisé de nombreux épisodes de l’Empire a peint en 1810 ce tableau célèbre, La Bataille des Pyramides, 21 juillet 1798. Dans L’Histoire de France pour les Nuls, la composition est a peu près la même mais elle est moins dramatique, moins héroïque. On a rajouté des pyramides qui n’existent ni dans la tableau de Gros ni sur le plateau de Gizeh, et on en a fait une image très politiquement correcte en retirant toutes les références à la violence de cette campagne sur les populations égyptiennes. Les auteurs lui ont préféré une figure familière des touristes : le conducteur de chameau.

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La mort de Marat. L’épisode est repris de L’Assassinat de Marat, un tableau spectaculaire du peintre français d’origine belge Jean-Joseph Weerts (1847-1927) peint en 1880. La case de l’album est là encore bien propre. Un peu de sang mais pas trop de violence dans la foule, on est loin du drame montré par Weerts. On peut aussi noter que les auteurs ont retiré la cocarde tricolore du chapeau de Charlotte Corday et le bonnet phrygien du révolutionnaire. Cette scène de rage devient un gentille scène de colère, ce n’est plus une foule qui veut venger Marat mais quatre pékins pas vraiment dangereux.

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La Guerre d’indépendance espagnole. La guerre espagnole de Napoléon est une période de l’Empire où la violence la plus terrifiante s’est abattue sur des civils. Comme le dit la case, Goya en fait plusieurs peintures et gravures considérées comme des grands chefs d’œuvres révolutionnaires sur le plan pictural et politique. Bien que le peintre soit cité, rien ne dit que cette case lui doive sa composition et une part de son ambiance. Toutefois, le lecteur est moins près des victimes, les visages suppliciés sont absents, la file d’hommes qui montent à la mort est réduite à rien. Dans la toile de Goya la tension est palpable, sensible. Impossible de ne pas s’y arrêter et de regarder, presque droit dans les yeux, l’homme au centre qui va mourir. Dans quelle image ressent-on le mieux que « le maréchal Murat réprime brutalement la révolte » comme l’annonce le texte ?

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Deuxième puis avant-dernière case de l’album, cette représentation du dernier carré de la vieille garde à Waterloo est donc pour les auteurs de L’Histoire de France pour les Nuls une vue importante. Elle est la copie de La garde impériale à Waterloo, un tableau d’un peintre russe, Alexander Averyanov, très connu pour ses grandes peintures historiques. Dommage que les lecteurs soient privés de cette référence car Averyanov sait mettre en scène les moments dramatiques des batailles, il sait en donner les ambiances, la charge émotionnelle. Contrairement au tableau d’origine, la case a perdu la force dramatique, légendaire de l’épisode. Le dernier carré de vieux grognards est prêt à perdre la vie pour son Empereur, Cambronne au milieu est sensé avoir déclaré « merde » aux Anglais et « La garde meurt mais ne se rend pas« . Si la vérité est moins belle que la légende, cette dernière fait toujours vibrer l’amateur de bataille. Tout est dans l’image du Russe, rien dans celle de la bande dessinée. Pour faire simple, le fond est uniforme, faible, les visages absents, sans expression. L’homme au premier plan ne penche pas vers un camarade mort, mais vers un soldat qui trébuche… Dommage…

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