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Flic légendaire aussi adulé que détesté, Vidocq mène l’enquête dans le Paris pré-haussmannien tandis que l’empire napoléonien s’effrite irrémédiablement. Le Suicidé de Notre-Dame propose une interprétation efficace mais sans surprise du père de la police moderne.

Paris, septembre 1813. Alors que toute l’Europe est en guerre contre la France, la nomination d’Eugène-François Vidocq à la tête de la Sûreté ne fait pas l’unanimité au sein des services de police. Déserteur de l’armée révolutionnaire et ex-bagnard évadé, le personnage n’est certes pas un citoyen irréprochable. Investigateur persévérant et physionomiste hors pair, il a néanmoins pour lui d’excellents résultats, preuves que ses méthodes baroques sont pour le moins efficaces. Son enquête sur le suicide présumé d’un baron d’Empire va confirmer ses talents, et mener le père de la police moderne sur la piste d’un complot royaliste.

Pour Vidocq, l'étrange suicide d'un baron d'Empire dans la cathédrale Notre-Dame de Paris n'est que le début d'une longue enquête.

Pour Vidocq, l’étrange suicide d’un baron d’Empire dans la cathédrale Notre-Dame de Paris est le début d’une longue enquête.

Richard D. Nolane avait déjà fait de Vidocq l’un des personnages principaux du diptyque Alchimie (avec le dessinateur Olivier Roman, Soleil), un récit qui versait dans le fantastique et l’ésotérisme. Cette fois, le plus célèbre patron de la Sûreté a droit à sa propre série, résolument plus réaliste. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, le but poursuivi par les auteurs n’est toutefois pas de réaliser un biopic dessiné sur Vidocq, mais de le mettre en scène dans le cadre d’une enquête fictive. L’intrigue mêlant dès lors habillement investigation policière, contexte politique (avec le réveil des royalistes), et rivalité entre Vidocq et un personnage de fiction qu’il a inspiré : Javert, l’inspecteur de police qui pourchasse Jean Valjean dans Les Misérables (Victor Hugo mettant ainsi ironiquement face à face deux bagnards évadés).

Rien de fondamentalement original dans ce premier tome qui se déroule sur fond de délitement de l’empire napoléonien (deux des protagonistes de l’histoire sont des rescapés de la campagne de Russie ; la bataille de Leipzig, défaite française face à la coalition européenne, a lieu en octobre 1813, soit un mois après les événements fictifs décrits dans l’album), mais une narration rythmée, sans temps mort, dont la fin ouverte est pour le moins surprenante. Le trait réaliste de Siniša Banović constitue par ailleurs la bonne surprise de l’album. Il cadre parfaitement avec les objectifs d’efficacité narrative de ce thriller historique, tout en renvoyant le lecteur dans un Paris pré-haussmannien aujourd’hui oublié.

Vidocq, t.1 – Le Suicidé de Notre-Dame. Richard D. Nolane (scénario), Siniša Banović (dessin) et Matteo Vattani (couleur). Soleil Productions. 48 pages. 14,50 €.

Les 5 premières planches

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