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Dans un empire Song où les potentats régionaux confondent allègrement bien public et intérêt personnel, le juge Bao est peut-être l’un des seuls à défendre coûte que coûte la probité. Avec ce sixième tome, Patrick Marty et Chongrui Nie clôturent les aventures du magistrat incorruptible, emblème d’une justice sans passe-droit. Le rideau retombe sur la Chine du XIe siècle.

Certaines personnes endossent pour l’Histoire un costume bien plus grand qu’il n’est en réalité. C’est le cas de Bao Zengh, haut fonctionnaire de l’empereur Zhao Zhen de la dynastie des Song. En activité au milieu du XIe siècle, à une période où les différents Premiers ministres s’échinent à combattre la corruption, le Juge Bao devient au fil du temps et des générations un parangon d’intégrité. Aujourd’hui encore, symbole de la protection des faibles contre l’avidité des puissants, il jouit en Chine d’une immense popularité. Il est en revanche parfaitement inconnu en France. Une bonne raison pour les jeunes éditions Fei d’ouvrir voici cinq ans leur catalogue par une série contant les aventures du zélé magistrat. Sachant que c’est presque exclusivement par la tradition orale que l’histoire du juge Bao est parvenue jusqu’à nous, le scénariste Patrick Marty disposait d’une belle marge de manœuvre. Il a choisi de jouer la carte du réalisme en échafaudant une double intrigue dont le cadre pourrait être l’une des pérégrinations anti-corruption avérées de Bao Zengh dans les provinces de l’Empire.

Juge Bao illus

A chaque épisode, mandatés par l’Empereur, le juge et sa suite visitent ainsi une nouvelle cité et dénouent, souvent par des méthodes peu orthodoxes comme les déguisements ou l’infiltration par exemple, les manigances des potentats locaux. Parallèlement, c’est une conjuration au plus haut sommet de l’Empire qui apparaît au fil des albums, le sixième et dernier tome révélant enfin les dessous du complot. Parfaitement menés, les deux fils d’intrigues possèdent un petit côté théâtral, accentué par le remarquable dessin de Chongrui Nie, dont l’imitation carte à gratter est étonnante (en réalité, tout est réalisé par ordinateur). La dramatisation des attitudes et des expressions des personnages convient bien à un héros devenu sujet de pièces de théâtre et d’opéras. Et la lecture n’en souffre pas, portée par un découpage dynamique. Cette plongée dans la Chine du XIe siècle est très réussie, basée sur une épaisse documentation (très précieuse pour les photos d’architecture et d’objets, plus sujette à caution en ce qui concerne les films), et permet au lecteur européen de découvrir un pan du patrimoine chinois, raison d’être des éditions Fei.

Juge Bao, t.6 – Juge Bao & l’Impératrice oubliée. Patrick Marty (scénario) et Chongrui Nie (Dessin). Éditions Fei. 158 pages. 9,80€

Les 5 premières planches

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