Charles de Gaulle couverture

De Gaulle a suscité chez tous ses biographes la même impression : celle d’un être venu au monde pour accomplir, dans l’adversité, une œuvre au service de la France. L’obscur général qui fait une entrée fracassante dans l’Histoire un certain 18 juin, a le patriotisme chevillé au corps et une croyance très affirmée dans ses idées. Mais que sait-on du lieutenant Charles de Gaulle, sorti de Saint-Cyr en 1912 ? Dans leur album éponyme, Jean-Yves Le Naour et Claude Plumail nous brossent un portrait de cet officier jeté dans le chaudron de la Grande Guerre, et dont la captivité entre 1916 et 1918 a façonné le destin.

Au commencement fut Charles André Joseph Marie de Gaulle, né le 22 novembre 1890 à Lille, dans une famille catholique plutôt portée vers la monarchie. La flamme mystique de la Patrie brûle en Charles. Pour la servir de toute son âme, il choisit l’armée, entre à Saint-Cyr dont il sort bien classé en 1912. Il est affecté au 33e régiment d’infanterie, cantonné à Arras, sous les ordres du colonel Pétain. La guerre éclate. De Gaulle, déjà blessé à deux reprises depuis 1914, est à son poste, dans l’enfer de Douaumont, le 1er mars 1916. Il y retrouve Pétain, promu général. Leur sincère et mutuelle affection, doublée de l’admiration du cadet pour les opinions iconoclastes de son aîné, constitue le très bon point de départ du scénario de cet album, dans lequel Jean-Yves le Naour et Claude Plumail racontent les cinq années qui façonnent de Gaulle, donc le destin de la France.

D’abord considéré comme mort au champ d’honneur le 2 mars 1916, le capitaine de Gaulle se réveille blessé et captif en Allemagne. Dans les camps de Szczuczyn en Lituanie et de Kronach en Franconie, en passant par la forteresse d’Ingolstadt en Bavière, il n’a plus qu’une obsession : accomplir son devoir, donc s’évader. Ce qu’il va s’évertuer à faire, seul ou avec la complicité de ses codétenus de l’Escaping club, mais sans jamais déroger au sacro-saint code de l’honneur militaire. L’homme ne manque ni d’imagination ni de détermination… L’incarcération est aussi pour lui l’occasion de dévorer des livres entre deux périodes d’abattement («À l’heure où se joue le destin de notre pays, je suis un homme inutile. C’est un chagrin qui ne se terminera qu’avec ma vie », écrit-il au seuil de 1918).

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Énième évasion ratée et bon mot derrière les barreaux. En quelque sorte un résumé de l’album.

Le retour en France à la faveur de l’armistice s’avère douloureux pour son orgueil. Il coïncide de surcroît avec les prémices de l’officier visionnaire, pétri des idées de son mentor Pétain sur les nouvelles données tactiques de la guerre moderne, et déjà en marge de ses camarades. Quand se présente l’opportunité de livrer bataille en Pologne pour stopper l’avance des troupes bolchéviques, le capitaine de Gaulle se porte volontaire. Sera-t-il à la hauteur de ses intuitions ?

Comme toujours dans la vie d’un grand homme, il y a une femme. Ce romantique qui s’ignore croise, en 1921, le regard magnétique d’Yvonne Vendroux, qui succombe et accepte de l’épouser au mois d’avril. Sans le savoir, elle sauve peut-être la carrière militaire d’un capitaine en proie au doute et lui donne la fougue nécessaire pour repartir au combat –celui de ses idées, qu’il commence alors à coucher sur le papier, entamant alors une remarquable carrière d’écrivain.

Parce qu’il n’est pas facile de traiter le monument de Gaulle avec légèreté –et peut-être aussi parce son père admirait « le grand Charles », Plumail met sobrement son dessin au service de la narration minutieuse des faits. Les auteurs ont seulement apporté une touche de fantaisie en insérant quelques répliques gaulliennes anachroniques, comme un hommage au légendaire sens de la répartie du général. Le (bon) mot de la fin revient aux détenus qui ont « pratiqué » le capitaine de Gaulle en captivité. Style aristocratique, manières hautaines, désir ardent de combattre pour la patrie, émotion palpable aux premières notes de la Marseillaise : tous ses traits de caractère lui conféraient l’allure d’un chevalier à l’armure un peu raide mais au cœur vaillant pour défendre sa bannière. Avant d’être « l’insoumis », « le rebelle », « l’homme du non », « le monarque républicain », de Gaulle fut d’abord, à 25 ans, aux dires de ses pairs, le dernier « connétable ».

Charles de Gaulle T.1 1916-1921. Jean-Yves Le Naour (scénario). Claude Plumail (dessin). Albertine Ralenti (couleurs). Bamboo. 56 pages. 13,90 €

Les 5 premières planches :

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