L’Embrasement : les rouages du conflit israélo-palestinien depuis l’Affaire Dreyfus

Le dessinateur Florent Calvez (notamment de différents tomes de la série d’uchronie historique “Jour J”) adapte l’ouvrage de Michel Goya, officier de l’armée française et historien. Le choix judicieux de l’auteur s’est porté sur une mise en images classique et un contenu dense, car à trop simplifier, le risque était de désinformer. Le sous-titre cache en réalité une histoire du conflit israélo-palestinien, de ses origines à nos jours.
Un conflit sans fin ?
Or cette histoire est complexe et, si la guerre semble sans issue, elle n’est pas sans origine. L’art du récit de Calvez et Goya est bien là. Tout commence tôt le matin du 7 octobre à la frontière de la bande de Gaza. En quelques cases, Calvez plante le décor. Puis nous sommes propulsés à la fin du XIXe siècle en France, alors que l’affaire Dreyfus enflamme les débats. Se noue alors la tragédie : quand l’antisémitisme fait naître le sionisme ; quand la Première Guerre mondiale et les Occidentaux déstabilisent le Moyen-Orient ; quand les sionistes et les Palestiniens ne trouvent pas le chemin du dialogue. Les armes parlent, les extrémistes prennent le dessus. Les recompositions et les tensions au sein des deux camps sont bien expliquées. On voit comment, à Gaza surtout, les islamistes se substituent à l’OLP de Yasser Arafat (p. 37), ou comment la droite dure israélienne impose la colonisation. Le terrorisme l’emporte (p.17), tout comme les provocations (p. 52-53).

L’intérêt de cette BD est de mettre en image la grande Histoire et des événements précis racontés à travers le destin de quelques individus (p. 117). Nous parcourons tout le XXe siècle, assistant à l’échec du mandat britannique en Palestine, à la naissance de l’État d’Israël, aux guerres entre ce nouvel État et ses voisins arabes, aux camps de réfugiés, à la formation d’une résistance proprement palestinienne. Quelques portraits de leaders et des scènes emblématiques donnent corps à cette synthèse.
Méthodes de guerre
À intervalle régulier, le retour d’expérience de Michel Goya permet d’expliquer et préciser certains aspects, en particulier stratégiques. Ces interventions sont les bienvenues. Calvez fait de Goya une sorte de capitaine Haddock pédagogue, avec sa barbe de vieux loup de mer et son pull noir. On comprend que, derrière les tirs de missiles ou les interventions des chars, il y a des plans, des objectifs précis, des intentions. Le procédé est tout aussi informatif que nécessaire, car il met à distance et renforce l’objectivité du récit. Il permet à Goya de critiquer telle ou telle décision et son application sans prendre parti pour un camp ou un autre.

La haine et les ruines
Dès le début, la haine est au cœur des affrontements. Calvez dessine les combats et surtout les bombardements, récurrents, désastreux, désespérants. Les ruines s’imposent au fil des pages (p. 115). Les teintes sépia, grisées, renforcent l’impression de fin du monde. Le chapitre sur le 7 octobre est particulièrement réussi. On suit les commandos palestiniens. On perçoit tout à la fois la planification de l’opération et l’horreur des massacres. Les explosions, les colonnes de réfugiés ou la fumée expriment toute la détresse des Palestiniens victimes des représailles israéliennes comme des choix du Hamas.
Didactique, objective, passionnante, graphiquement maîtrisée, cette bande dessinée permet de mettre en perspective cette histoire tragique.

L’Embrasement – La Guerre Israël-Hamas, dans l’enfer de Gaza. Florent Calvez (scénario, d’après Michel Goya, dessin et couleurs). Delcourt. 134 pages. 21,50 euros.
Les 22 premières planches :
-
Charles-Edouard Harang






