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Ce DVD fait le point sur les différentes approches de l’écriture journalistique par la bande dessinée. De nombreuses interviews, de Joe Sacco, Steve Mumford, Patrick Chapatte, Joe Kubert et d’autres, alternent avec des planches animées et des dessins. Le propos est intéressant car il met le doigt sur les difficultés propres à la bande dessinée quand elle se frotte à l’actualité.

Par la mise en œuvre (récolte de témoignage, expérience de terrain puis restitution après coup), elle s’apparente au reportage écrit mais étant image, on attend d’elle qu’elle s’approche de la photographie ou du reportage filmé. Mais impossible pour la bande dessinée d’avoir la même puissance immédiate des images prises sur le terrain. Sa force vient d’ailleurs.

Elle vient du fait que pour être réussi et efficace, un reportage dessiné doit être incarné, raconté à la première personne. Le reporter dessinateur fait partie du récit, il se met souvent en scène. On voit à travers ses yeux, on regarde avec lui, on entend les mêmes choses. Le reportage en bd permet aussi, comme le raconte bien Joe Sacco, de mettre le lecteur en face de situations très dures. Par essence, le dessin place le lecteur à une distance confortable. Par exemple, impossible de publier un manuel des tortures avec des photos, or Sacco l’a dessiné pour le Guardian en 2006 (Trauma on loan, 2006). Les situations sont terrifiantes mais regardables grâce au médium bande dessinée.

Les dessinateurs interrogés racontent leurs expériences face aux médias qui les emploient et aux gens qu’ils rencontrent. Chaque reportage est une aventure particulière, alors que les reporters traditionnels sont envoyés sur n’importe quel conflit, le dessinateurs choisissent leurs destinations et leurs sujets. Ils savent aussi que l’économie d’un reportage dessiné est différente. Le livre ou la publication arrivera bien après les autres.

Enfin, cette façon de traiter l’actualité n’est pas encore formatée par le supports ou par la télévision. Le style du dessinateur fait beaucoup pour la réussite. Malgré tout, malgré le soin apporté à restituer les détails des lieux, des rencontres, il y a toujours une petite part de fiction qui se glisse dans les cases. On le comprend parfaitement dans l’entretien avec Joe Kubert. Dans Fax de Sarajevo, il met en scène les fax que lui envoyait son ami Ervin Rustemagic, dramatiquement bloqué avec sa famille dans la ville bosniaque. C’est un récit de guerre, un récit journalistique par sa description de la guerre et de l’ambiance mais il y a le style de Kubert. C’est un dessinateur de comics et ça se voit.

Un regret : que ce film ait été réalisé avant la naissance de La Revue dessinée. On aurait pu avoir un avis moins américain sur cette pratique qui séduit beaucoup de lecteurs.

Ce documentaire aurait gagné en cohérence et en intelligence en ne mêlant pas des albums comme Maus ou ceux de Marjane Satrapi aux reportages. Ajouter ces deux œuvres à la démonstration n’apporte rien. Si elles occupent une place importante dans l’histoire des représentations de la guerre, elles ne sont pas des reportages. Elles innovent dans la narration et le graphisme mais d’autres auraient aussi leur place : Tardi, Comès, Kurtzman, Colquhoun…

Quand la BD s’en va t’en guerre. Réalisation Mark Daniels. Durée avec les bonus 100 min. 25,00 €

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