Avec Robinson Crusoé, Sergio Toppi immerge le récit dans l’image

La maison d’édition Mosquito ouvre l’année 2026 en publiant une histoire bien connue, celle de Robinson Crusoé. Édité en 1719, le roman de Daniel Defoe est un classique de la littérature mondiale et a connu plusieurs adaptations plus ou moins mémorables, comme le film de Georges Méliès (Les Aventures de Robinson Crusoé) ou celui de George Miller et Rod Hardy avec Pierce Brosnan (Robinson Crusoé), les trois bandes dessinées de Christophe Gaultier chez Delcourt ou encore des séries télés… Ici, Sergio Toppi décide de raconter l’histoire en un volume de 51 planches, un défi !

Avec ce récit publié initialement à la fin des années 1970, le dessinateur italien, décédé en 2012, reprend les grandes lignes du récit de Daniel Defoe : un jeune Anglais qui prend la mer pour assouvir son envie de découverte, la capture par les pirates de Salé, la plantation au Brésil, le naufrage sur l’île du désespoir, l’exploration de cette dernière, la survie, la lecture de la Bible, la peur des cannibales, le sauvetage de Vendredi. La BD se termine au moment de l’affrontement avec les cannibales, interrompu par l’arrivée d’un navire anglais. L’adaptation du roman n’est donc pas complète et se termine brusquement, évacuant en deux planches le retour de Robinson en Europe.

Le sujet principal de cet ouvrage est le dessin de Toppi. Au lieu de raconter des détails, il préfère des dessins détaillés, qui n’apportent parfois rien au récit, simplement pour l’amour de l’illustration. L’histoire de Robinson, dans la réception d’un bestseller, est un sujet prétexte pour dessiner. Le but de Toppi n’est pas d’illustrer l’histoire de manière scrupuleuse pour la diffuser, comme Gustave Doré a pu le faire pour la Bible en 1843 ou Sandro Botticelli pour la Divine Comédie de Dante à la fin du XVe siècle. Il s’agit d’une volonté purement artistique où le récit passe au second plan.

Les aventures de Robinson se prêtent particulièrement bien au style du dessinateur, les planches sont un véritable écosystème qui se plie aux coups de crayon de l’artiste. Son dessin précis, à l’encre, à la plume ou au pinceau, un ombrage hachuré tonique, le jeu avec la réserve du papier magnifient les personnages et les environnements. Toppi offre à notre contemplation un large panel de motifs : un paysage marin, des lords anglais du XVIIIe siècle, une plantation sucrière, des aborigènes, une jungle tropicale, des pirates maures, une tempête… Jean-Louis Roux, critique littéraire, souligne très justement dans la préface l’habilité de dessinateur de Sergio Toppi, qui noie par son talent le protagoniste de l’histoire dans une « mer d’encre ». La virtuosité d’un dessinateur libre comme un Robinson Crusoé prisonnier de son île.

Robinson Crusoé. Sergio Toppi (scénario d’après Daniel Defoe, dessin). Mosquito. 64 pages. 16 euros.
Les dix premières planches :
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Mathieu Darrieutort
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Thierry Lemaire






