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En lisant Tanganyika, dont l’action se déroule en Afrique orientale, on comprend mieux le concept de conflit mondial. En plein delta d’un fleuve de Tanzanie, Attilio Micheluzzi évoque l’odyssée du SMS Königsberg, en guerre à des milliers de milles nautiques de l’Europe.

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L’histoire du SMS Königsberg est à la fois courte et assez romanesque. Ce croiseur léger de la marine allemande, lancé en 1907, commence sa carrière en escortant le yacht impérial de Guillaume II dans ses différents voyages. En 1914, il a pour mission de patrouiller dans les eaux d’Afrique orientale. Sous la menace d’une flotte britannique importante, il commence par désorganiser la voie commerciale de l’océan Indien en arraisonnant le cargo City of Winchester. Puis la guerre navale prend le relai. Le 20 septembre, le Königsberg envoie par le fond le HMS Pegasus, un croiseur léger britannique. Aux abois par manque de charbon et dans la quasi impossibilité de réparer ses chaudières, le navire allemand n’est pas dans les meilleures conditions pour tenter de rallier la mère patrie. Le commandant Max Looff préfère alors se placer en position défensive en mouillant dans le delta du Rufiji, un fleuve de Tanzanie (à l’époque Tanganyika). Début novembre, l’étau se resserre autour du Königsberg. Trois croiseurs britanniques arrivent sur place et empêchent le navire allemand de s’enfuir en pleine mer. C’est un véritable siège qui s’annonce. Il faut plus de six mois et l’action conjuguée d’une dizaine de bâtiments pour forcer le commandant Looff à saborder le Königsberg. Ce qui n’empêchera pas l’équipage de continuer le combat en rejoignant les forces terrestres allemandes en Afrique orientale, en emportant quelques canons du croiseur, pièces d’artillerie qui joueront ensuite un rôle non négligeable.

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Si Micheluzzi s’empare de cet événement du début de la Première Guerre mondiale, c’est qu’en 1978, date à laquelle il réalise la bande dessinée, l’épave du Königsberg est toujours visible, prise dans la vase du Rufiji. Cette vision d’un colosse de fer disparaissant lentement dans les sables mouvants (de l’Histoire ?) a sans doute piqué la curiosité et l’imagination d’un auteur qui aimait représenter les destins tragiques et l’esprit chevaleresque. Tanganyika, dont l’action se place fin 1914 début 1915, décrit en effet un temps révolu (et fantasmé), celui des guerres conduites entre gentlemen, où le sens de l’honneur, la reconnaissance des mérites de l’adversaire et la magnanimité sont les maîtres mots. Ian Fermanagh, le pilote chargé de retrouver la trace du Königsberg au commande de son Curtiss, Theo Höppner, Kapitänleutnant sur le navire allemand, et Max Looff sont des hommes de cette trempe. Confrontés aux trahisons et mesquineries qui les entourent, ils tentent de garder le cap en cette période troublée. Au point de se dégoûter profondément quand les circonstances imposent des actes méprisables. Servi par le dessin magistral et expressionniste de Micheluzzi, la traque du croiseur allemand reprend vie, et s’exprime parallèlement dans le chassé-croisé entre Höppner et Fermanagh, ennemis qui se respectent. On pense au film African Queen, ou à Corto Maltese. Ce n’est pas un hasard. Dans Les Ethiopiques, Hugo Pratt fait aussi rencontrer le Königsberg à son héros maltais.

Tanganyika. Attilio Micheluzzi (scénario & dessin). Mosquito. 56 pages. 13 €

 

 

Les 5 premières planches

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