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La Première Guerre mondiale a marqué l’Histoire de maintes manières, mais l’une des caractéristiques principales de ce conflit tient dans son statut de première « guerre industrielle ». En effet, jamais auparavant la technologie n’a pris une part aussi importante dans la conduite d’hostilités. De 1914 à 1918, les usines tournent à plein pour produire des munitions mais aussi de nouveaux moyens de destruction : canons toujours plus gros, aéronefs, véhicules blindés, sous-marins. La course à l’amélioration de l’armement des armées est une préoccupation majeure des états-majors. C’est dans cet arrière-plan où la technologie, autant – sinon plus – que les hommes, doit donner l’avantage à l’un des camps que Richard Nolane et Zeljko Vladetic placent leur intrigue. Plus précisément, celle-ci démarre en 1913, lorsque le professeur Challenger présente à la Société royale d’exploration de Londres, devant un parterre de scientifiques, les résultats de son dernier périple au cœur de la Sibérie. Cette expédition visait à y voir plus clair sur la formidable explosion qui a eu lieu en 1908 dans la région de la Toungouska et a détruit la forêt sur un rayon de 20 kilomètres. Les conclusions du scientifique sont stupéfiantes : preuves à l’appui, il démontre que la catastrophe est en réalité due à la désintégration à très basse altitude d’un vaisseau extraterrestre. Et en 1916, trois ans après la conférence de Challenger, apparaît de nouveau un gigantesque engin volant, dans un no man’s land du champ de bataille de Verdun…

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L’impressionnant engin, en plein milieu des tranchées.

On l’a compris, Richard Nolane prend ici le parti de la science-fiction et de l’uchronie. Outre le fait qu’il introduise une intelligence extraterrestre dans son scénario, aucune expédition ne s’est rendue dans la région de la Toungounska avant 1927. Mais tordre le cou à la réalité permet parfois de développer des réflexions intéressantes. Et si une technologie bien supérieure à celle produite par l’homme était apparue en plein milieu des tranchées de la Grande Guerre ? Comment auraient réagi les deux camps, une fois vérifié que l’étrange vaisseau n’appartient pas à l’ennemi ? Quelle attitude adopter face à cette menace potentielle ? Plus que de réaliser une simple parodie, Richard Nolane part ici du principe que La Guerre des mondes, roman écrit en 1898 par H.G. Wells (qui fait une apparition dans l’album), est lui-même inspiré par des faits réels survenus au Moyen Âge. L’engin qui se pose entre les tranchées françaises et allemandes n’est donc pas le premier à entrer en contact avec la Terre. Mais au-delà de l’intérêt qu’il procure aux scientifiques (d’un côté l’astronome Camille Flammarion et de l’autre Albert Einstein) et de l’inquiétude qu’il provoque aux militaires, l’impressionnant vaisseau extraterrestre peut être vu comme la matérialisation de cette puissance industrielle qui terrasse l’Homme dans les tranchées. Le vertige ressenti face à la machine alien qui semble indestructible donne une petite idée de l’impuissance et de l’angoisse des vrais soldats sous le feu des canons ennemis.

La Grande Guerre des mondes. Richard Nolane (scénario). Zeljko Vladetix (dessin). Aurore Folny (couleurs). Soleil. 48 pages. 14,50 €

Les 5 premières planches :

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