Guerres secrètes, espionnage et coups tordus des services secrets au XXe siècle

Philippe Richelle, scénariste très productif, excelle dans les récits de complots, d’affaires policières et de coups tordus. Après plusieurs séries sur les dessous peu reluisants de la politique française ou sur les manigances de la Guerre froide, il sort chez Glénat, les premiers volumes d’une série très prometteuse intitulée Guerres secrètes, avec Steven Lejeune et Jorge Miguel au dessin.
La Boutique aux horreurs
Guerres secrètes raconte l’émergence des services secrets au XXe siècle et la lutte que se livrent les agents des différents pays. Le premier tome nous emporte en pleine Guerre froide à un moment où la CIA pratique des expériences assez terrifiantes sur le cerveau humain. La découverte de drogues comme le LSD ou l’usage généralisé de psychotropes par les soldats durant la Seconde Guerre mondiale a donné des idées aux services secrets.

Un projet secret et illégal
Des scientifiques dévoyés pensent qu’on doit pouvoir contrôler l’esprit humain avec ces substances, soit pour les diriger, les faire parler ou les soumettre. Cet album, La boutique des horreurs ouvre un dossier ultra secret : le programme MK-Ultra. Cette opération totalement illégale dure 20 ans, de 1953 à 1973.
Des dizaines de chercheurs, médecins, psychiatres travaillent au sein de l’unité de guerre bactériologique et chimique en lien avec des universités, des hôpitaux, des centres de recherche. Ils testent leurs protocoles sur des cobayes humains qui ignorent ce qu’on leur fait. Des enfants ont été victimes des ces expérimentations. Elles consistaient dans la création d’une dépendance suivi d’un sevrage forcé, d’électrochocs, de privation de sommeil ou la lobotomie. Plusieurs dizaines de cobayes en sont morts.
Un thriller efficace
Dans son scénario, Philippe Richelle, ne s’attarde pas sur l’horreur de ces expérimentations. Elles sont évoquées, on en comprend toute l’abjection. Il choisit de traiter l’histoire sous la forme d’un thriller. On découvre le projet MK-Ultra par le regard d’un ancien de la Guerre de Corée que la CIA intègre dans ses équipes. Rapidement, le personnage fictif de Bill Barney ne cautionne pas le programme qu’il doit servir. Pris entre sa conscience et sa loyauté professionnelle, il mène l’enquête en collaboration avec des journaliste. L’entreprise comporte des risques majeurs, car ce projet secret doit le rester. La CIA sait parfaitement réduire au silence ceux qui trahissent ses secrets les mieux gardés, surtout s’ils impliquent les plus hauts responsables de la Centrale. Bill va le découvrir à ses dépens.
Très réussi, ce premier volume se dévore comme un polar, on y apprend beaucoup, bien qu’il soit difficile pour le néophyte de faire la part entre le vrai et le romanesque. Le dessin de Steven Lejeune colle bien à l’ambiance recherché.
Guerres secrètes – La boutique aux horreurs. Philippe Richelle (scénario). Steven Lejeune (Dessin). Editions Glénat. 64 pages. 16 euros.
Les dix premières planches :
Guerres secrètes – Tome 02 La Boutique aux horreurs
L’homme qui trahit Hitler
Le second volume de la série revient logiquement à la Seconde Guerre mondiale. Ce conflit attire toujours autant de lecteurs curieux. Le héros du récit est connu des spécialistes : Hans-Thilo Schmidt. Chimiste ruiné par la crise économique, il est convaincu par un ami, nazi de la première heure, de le rejoindre au ministère de la Défense. Schmidt est un obscur gratte-papier mais il travaille avec l’équipe d’ingénieur en charge de la conception d’Enigma. Cette machine révolutionnaire sert à crypter puis à décrypter les messages que les armées allemandes s’envoient.

Un résistant avant l’heure
Schmidt n’a aucune sympathie pour les nazis. En possession de documents ultrasensibles, sa décision est prise. Il doit livrer aux Français le plus de renseignements possible. Les risques qu’il prend sont insensés. Chaque faux pas, chaque mot, chaque déplacement peut le faire chuter. Ce père de famille se mue en espion hors pair. Il tombera victime d’imprudence et d’erreurs de transmission mais l’affaire se joue à l’échelle de l’Europe. Impossible de contrôler tout le temps les flux d’informations qui circulent de pays en pays.
Une voix ignorée
Schmidt aurait pu avoir une importance encore plus grande si les services français avaient pris au sérieux toutes ses informations. Frère d’un général de l’armée allemande, il informe en novembre 1937 que Hitler a fixé son plan d’invasion de l’Europe. Il confirme en annonçant l’Anschluss quinze jours avant son déclenchement, puis l’invasion des Sudètes et de la Tchécoslovaquie. Le 10 mars 1940, il dit que Hitler va envahir la France en passant par les Ardennes.
On voit dans cet album tout le métier de Philippe Richelle. Le récit très documenté ne laisse pas de répit au lecteur. Les intrigues se nouent naturellement sans artifices. On est emporté dans un tourbillon de faux semblants et de rebondissements. On tremble pour Schmidt à chaque page. Bien que la fin soit connue, on a toujours l’espoir qu’il va s’en sortir, que les services allemands ne réussiront pas à le découvrir.
Guerres secrètes – L’homme qui trahit Hitler. Philippe Richelle (scénario). Jorge Miguel (Dessin). Editions Glénat. 64 pages. 16 euros.




