Diplomatie clandestine : la DGSE à Kaboul contre le terrorisme islamiste

En suivant son personnage principal dans sa mission d’agent secret, Hubert Maury (ancien officier et diplomate) raconte avec Diplomatie clandestine l’histoire de la lutte contre le terrorisme islamiste au début des années 2010. Le trait est dynamique et fin. Les paysages urbains ou naturels sont bien restitués. L’intrigue est à la fois classique et palpitante.
C’est par le biais de personnages singuliers que Hubert Maury construit son récit. Tout commence vingt ans plutôt au Cambodge, alors que la Guerre froide se termine. Le héros, Raphaël, appartient à la force internationale sous l’égide de l’ONU qui doit faciliter la transition démocratique du pays. La chose n’est pas aisée pour les Casques bleus. Les différentes factions cambodgiennes ne cherchent guère à faire de concessions. Et les Casques bleus, qui viennent de différents pays, sont imprégnés de leur propre culture militaire et dépendent des choix stratégiques de leur État d’origine (p.31).

Un petit monde d’expatriés
Puis Raphaël intègre la DGSE et nous le retrouvons en Afghanistan. Il incarne l’espion flegmatique. L’informateur afghan, officier des douanes, est un bonhomme roublard dont les intentions ne sont pas toujours très claires (p.93). À côté de Raphaël, le personnage le plus intéressant est incarné par l’interprète, une jeune femme captivée par la culture française. L’auteur sait nous faire partager cet émerveillement lorsqu’elle profite d’une rétrospective sur le cinéma de la Nouvelle vague dans le cadre de la mission (p.178, p.184).
Cette fiction, basée sur des faits historiques, donne l’impression de raconter la vie d’expatriés occidentaux, comme celle des humanitaires. Au sein de la masse des Afghans, qui compose un décor de figurants (p.41, p.172), Français, Allemands et Américains se rencontrent dans des lieux sécurisés. Ils parcourent les rues de Kaboul dans des véhicules blindés, comme l’ethnologue Michel Leiris déambulait dans les rues de Dakar au début des années 1930 (livre L’Afrique fantôme). L’existence d’une boîte de nuit en plein cœur de ce Kaboul pauvre fait penser à celle du film Blood Diamond ou au concert surréaliste organisé sur le front dans Apocalypse now.

Manipulations
Maury sait montrer combien les coups bas et la concurrence entre les services d’un même camp constituent un quotidien non moins dangereux que les talibans. Le recrutement d’une source oblige à des trésors de dissimulations et de précautions, tout aussi importants que l’argent ou les moyens de pression. Le rythme particulier des missions de renseignement oscille entre succession de brèves scènes d’action et de longs moments d’attente. Il faut savoir être patient. La tension et la peur laissent place à la détente dans une piscine ou autour d’une bière. On croise également des gros bras du service action, camouflés en routards chevelus, des mercenaires d’une agence américaine (p.163) ou des espionnes qui utilisent la séduction pour mieux embobiner leur interlocuteur. Et qui est la source que Raphaël cherche à atteindre, le mystérieux Omar, qui appartiendrait à un groupe taliban, susceptible de fournir des informations de première main ? Dans cette nouvelle guerre mondiale, ce travail d’approche est nettement plus vital qu’une intervention de troupes au sol ou des bombardements.
Si nous regrettons que l’auteur n’ait pas approfondi certains aspects géopolitiques, cette fiction historique séduisante se lit d’une traite.
Diplomatie clandestine. Hubert Maury (scénario, dessin). Glénat. 256 pages. 28 euros.
Les onze premières planches :
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Charles-Edouard Harang






